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07-05-2026

Sécuriser les chaînes d'approvisionnement : l'industrie française face à de nouveaux arbitrages

Sécuriser les chaînes d'approvisionnement

Les chaînes d’approvisionnement ne sont plus uniquement un sujet logistique : elles sont devenues un enjeu stratégique de compétitivité industrielle. Entre tensions géopolitiques, hausse des coûts de transport, évolution des droits de douane et exigences croissantes de décarbonation, les PME industrielles sont soumises à des pressions multiples et parfois contradictoires. Chez Azulis Capital, nous accompagnons nos participations dans ces arbitrages complexes, avec la conviction que la résilience opérationnelle se construit aujourd’hui dans la capacité à anticiper, analyser finement et faire les bons choix, parfois contre-intuitifs.

Par Julien Hess, Directeur Associé, et Alban Tanaka, Directeur d’Investissement, Azulis Capital

Des chaînes d’approvisionnement sous tensions multiples

Les crises successives, de la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine, en passant par les tensions commerciales sino-américaines, ont mis en lumière la fragilité de chaînes d’approvisionnement longtemps optimisées pour le seul critère du coût. L’impact ne se limite pas aux flux logistiques. Il se propage par effets en cascade : la volatilité du prix du pétrole se répercute sur les coûts de transport, mais aussi sur le prix de l’électricité, qui influe à son tour sur celui de matières premières à forte intensité énergétique comme l’aluminium. Pour certaines de nos participations, ces enchaînements créent des tensions directes sur les coûts d’approvisionnement et imposent d’anticiper les hausses de prix à répercuter auprès des clients.

À cela s’ajoutent des mesures protectionnistes difficiles à prévoir. Plusieurs de nos participations exportant vers les États-Unis ont dû engager des réflexions sur l’optimisation de leurs nomenclatures douanières pour réduire l’impact de droits de douane nouvellement imposés.

Ces tensions touchent d’autant plus fortement les PME industrielles françaises qu’elles opèrent souvent sur des marchés de niche à forte valeur ajoutée. C’est précisément ce positionnement qui fait leur force face aux acteurs de volume asiatiques. Mais qui dit marché de niche dit aussi, très souvent, marché mondial, et donc exposition structurelle aux aléas géopolitiques et commerciaux.

Accompagner les dirigeants dans des arbitrages éclairés

En tant qu’acteur du capital investissement, notre rôle n’est pas de nous substituer aux équipes de management, mais de les pousser à s’interroger et à anticiper. Au sein des comités stratégiques et des conseils de surveillance, nous veillons à ce que les enjeux de supply chain soient traités comme des sujets de premier plan, et non relégués à la seule dimension opérationnelle. Concrètement, cela passe par un travail d’identification des vulnérabilités : plus une chaîne est longue, plus elle fait intervenir de flux provenant de géographies différentes, plus les zones de fragilité se multiplient. Il s’agit ensuite de trouver, avec les dirigeants, les meilleurs leviers pour réduire ces risques : diversification des sources d’approvisionnement, réorganisation de sites industriels, mobilisation d’expertises externes sur des sujets fiscaux ou logistiques.

Décarbonation et supply chain : dépasser les intuitions grâce à l’analyse du cycle de vie

Aux pressions économiques et géopolitiques s’ajoute une exigence de plus en plus structurante : la décarbonation. Clients, régulateurs, investisseurs convergent vers une demande de transparence sur l’empreinte carbone des produits. Ce mouvement peut connaître des allers-retours, mais la tendance de fond est irréversible.

L’un des outils les plus efficaces pour éclairer ces arbitrages est l’analyse de cycle de vie, qui mesure les émissions de gaz à effet de serre à chaque étape de la vie d’un produit, de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie. Ses résultats sont parfois contre-intuitifs, et c’est précisément ce qui en fait la valeur.

L’une de nos participations, spécialisée dans les caves à vin, sous-traite l’essentiel de la fabrication de ses produits en Chine. L’intuition voudrait que le transport maritime pèse lourd dans le bilan carbone. Or il représente moins de 1 % des émissions totales, rendu négligeable par la capacité des porte-conteneurs actuels. Les trois véritables postes d’émissions sont ailleurs : les matières premières nécessaires à la fabrication, la consommation d’énergie du produit au cours de sa période d’utilisation et la gestion de sa fin de vie. Autrement dit, relocaliser la production en Europe n’aurait qu’un effet marginal sur l’empreinte carbone. L’effort le plus pertinent porte ici sur l’éco-conception : alléger les matières utilisées, améliorer l’isolation pour réduire la consommation énergétique, renforcer la recyclabilité. C’est cette démarche que nous avons initiée main dans la main avec le management de cette entreprise.

Ce type d’analyse permet de fonder les décisions sur des données solides. C’est cette rigueur que nous cherchons à insuffler dans chacune de nos participations industrielles, avec la conviction que performance environnementale et résilience opérationnelle se renforcent mutuellement, à condition de savoir où porter l’effort.